O Sensei Morihei UESHIBA (1883-1969)
- 1883 (14 décembre) : naissance à Tanabé (dans la préfecture de Wakayama) dans une région particulièrement religieuse et vénérée des Japonais (montagnes et cascades sacrées de Kumano, sources chaudes, très anciens sanctuaires Shinto et bouddhistes). Il est le seul garçon d’une fratrie de 5 enfants, aussi son père est très attaché à lui. Comme il est un enfant malingre, son père, connu pour sa force exceptionnelle et son caractère très marqué, l’incite à pratiquer le sumo, la marche et la natation en bord de mer. Sa mère, très pieuse et cultivée (Elle appartient à une famille noble de la région qui compte des descendants de l’Empereur Seiwa (850-81 apr JC)), lui donne le goût pour la recherche spirituelle et le merveilleux des cérémonies Shingon (Bouddhisme ésotérique)
- 1895 : il assiste à l’agression de son père par une bande de yakusa à la solde d’adversaires politiques car son père est membre du conseil municipal. Il décide alors de se consacrer aux arts martiaux.
- 1901 : Excellent en mathématiques, il devient comptable à la Trésorerie municipale mais démissionne de son poste pour dénoncer la nouvelle règlementation sur la pêche qui nuit à la population autochtone.
- 1902 : Il part à Tokyo pour ouvrir un commerce de matériel scolaire. Il pratique le jujutsu Tenshin Shin’yo et le sabre de l’école Ryu Shinkage. Atteint de béribéri, il rentre la même année à Tanabé. Il s’y marie.
- 1903 : il retrouve la santé grâce à un entrainement rigoureux dans le but d’être incorporé à l’armée (conflit russo-japonais 1904-1905). Incorporé malgré sa petite taille (1m56), il est toujours volontaire et acquière une force extraordinaire, il devient un expert du maniement de la baïonnette. Durant ses permissions, il se rend à Sakai (banlieue d’Osaka) au dojo de Masakatsu Nakai pour étudier le jujutsu Goto-ha Yagyu Ryu. Il est envoyé en 1905 en Mandchourie et revient de la guerre sain et sauf.
- 1907 : Son père fait construire un dojo privé et invite un professeur du Kodokan judo pour entraîner son fils.
- 1912 : il prend la tête d’un groupe de 84 personnes pour coloniser l’île d’Hokkaïdo. Les conditions de vie y sont extrêmes et ils doivent lutter à la fois contre le climat glacial et les bandits en tout genre.
- 1915 : Rencontre avec Sokaku Takeda (1859-1943), le maître du Daito Ryu Aikijutsu à Engaru (Hokkaïdo). Morihei découvre alors un art martial véritable, resté caché dans le nord du Japon depuis la fin des guerres de clans et enseigné uniquement à des élèves soigneusement triés. Il est ébloui. Sokaku Takeda est né à Aizu, (aujourd’hui Fukushima) région connue pour la férocité de ses samouraï . Il est l’un des rares samouraï à avoir survécu à la guerre de Boshin et à avoir été témoin de la restauration Meiji (1868) malgré cela il continue à se comporter comme les guerriers des temps anciens. Il a la réputation d’être un combattant féroce (même le Président américain Théodore Roosevelt en a entendu parler) malgré sa taille et sa maigreur (moins d’1m50 et 52,5 kg). Il aurait tué et blessé grièvement de nombreux hommes au cours de sa carrière. Pendant près de 20 ans, Sokaku Takeda erre de dojo en dojo, défiant tous les maîtres d’arts martiaux connus ou donne des râclées à des bandits lors de combats de rue. Il ne fut jamais vaincu. Il prenait le temps, lors de ses voyages, d’instruire, contre paiements, de nouveaux élèves. En 1910, il était en Hokkaido sur demande des autorités pour enseigner aux forces de police et les aider à lutter contre les malfrats de la région. Morihei Ueshiba s’inscrit à un stage de 10 jours et renouvelle son inscription pour 10 jours supplémentaires de pratique. Finalement, il invite Takeda à venir enseigner chez lui à Shirataki. Il s’entraîne aussi souvent que possible et l’accompagne lors de ces stages dans la région. La pratique est rude et sans concession.
- Décembre 1919 : il reçoit un télégramme l’informant que son père est gravement malade. Il quitte définitivement Hokkaïdo pour rentrer au pays. Mais dans le but de prier pour son père, Il fait un détour par Ayabé où se trouve une nouvelle religion messianique shinto : l’Omoto-kyo. Il y rencontre le pasteur charismatique et excentrique Onisaburo DEGUCHI. Quand il arrive chez lui son père est décédé. Effondré, il repart pour Ayabé avec sa famille en 1920.
- 1920 : Il enseigne le Daito ryu aux membres de l’Omoto-kyo et travaille dans les vastes potagers de l’institution religieuse. Cette même année il perd ses deux fils, de 3 ans et 6 mois, à 3 semaines d’intervalles.
- 1922 : Takeda arrive à Ayabé pour enseigner le Daito-ryu. Le pasteur Deguchi et lui ne s’entendent pas. « Cet homme pue le sang et la violence ». Takeda repart 4 mois plus tard et remet à Ueshiba son diplôme officiel d’enseignement en Daito Ryu Aiki Jujutsu.
- 1924 : Deguchi et son garde du corps Ueshiba quittent secrètement le Japon pour la Mongolie dans le but d’y créer un royaume de paix. Ils connurent, lors de ce voyage, des aventures épiques qui faillirent leur coûter la vie bien des fois. C’est lors de ces fusillades que Morihei Ueshiba dit percevoir la trajectoire d’une balle de fusil avant qu’elle n’arrive à destination, ce qui lui permet de l’éviter. Arrêtés par l’armée chinoise, ils sont extradés de Mongolie et retournent au Japon après avoir « frôlés » le peloton d’exécution.
- Printemps 1925 : un officier de marine, expert en kendo, lui rend visite à Ayabé. En raison d’une controverse sur la pratique du sabre, Morihei lui demande de tenter de le frapper avec un bokken. Malgré les attaques répétées et puissantes, Morihei sans arme évite tous les coups et l’officier finit par s’effondrer de fatigue. Après s’être rafraichi à l’eau du puits, Morihei est pris de tremblements et perçoit de façon amplifiée chaque bruissement presque inaudible des insectes et des feuilles dans les arbres. Il prend alors conscience que l’Univers est Un, que l’infiniment petit et l’infiniment grand sont une même chose, qu’il n’y a pas de vainqueur et de perdant, le véritable Budo est Amour et que la vraie victoire est une victoire sur soi-même. A partir de cette date son art martial s’éloigna du Daïto-ryu et O Sensei commença à développer des techniques à couper le souffle des spectateurs.
- Automne 1925 : l’amiral Isamu Takeshita de la marine impériale, passionné d’arts martiaux, se rend à Ayabe pour voir Ueshiba. Il est tellement impressionné qu’il le recommande au comte Gombe Yamamoto, amiral à la retraite et ancien Premier ministre. Cette recommandation convainc Yamamoto d’inviter Ueshiba à Tokyo pour faire une démonstration devant les élites politiques et militaires japonaises. « Je n’avais pas vu un budo aussi magnifique depuis la Restauration Meiji ! » lui dit l’ancien premier ministre et lui demande expressément de venir enseigner lors d’un stage de vingt-deux jours au palais impérial de Tokyo.
- 1926 : Maître Ueshiba est une nouvelle fois invité à venir s’installer à Tokyo pour enseigner à une élite de la noblesse, de l’armée et de nombreux magnats du monde des affaires. Mais son engagement est tel pour promouvoir son budo que sa santé se détériore et il décide de retourner à Ayabé pour se soigner.
- 1927 : Encouragé par Onisaburo DEGUCHI dans le but d’amener la paix au monde, il retourne s’installer à Tokyo pour faire connaître son art. Entouré de riches protecteurs (Me Ueshiba refuse d’enseigner pour de l’argent), ceux-ci lui offrent un terrain et collectent des fonds pour lui construire un dojo capable de recevoir les candidats de plus en plus nombreux, dans le quartier de Wakamatsu (il sera inauguré en mars 1931).
- 1930 : En attendant la fin des travaux du Kobukan, il enseigne à demeure, dans les dojos privés de l’élite politique, aristocratique et industrielle japonaise. C’est dans l’un de ces dojos qu’il rencontre Jigoro KANO, le fondateur du Judo, qui, lors de la démonstration s’exclame « c’est le Budo idéal ! ». Celui-ci lui demande alors humblement d’accepter d’enseigner à deux de ses meilleurs élèves.
- 1931 : Nombreux sont ceux qui veulent apprendre avec lui l’aïki-budo et O Sensei enseigne non seulement au Kobukan mais aussi dans des académies militaires, des universités, des centres de police et des organismes de presse, à Tokyo mais aussi à Osaka et à Toyoma. En été, il entraine des membres de la secte religieuse Omoto-Kyo dans un village de montagne de la préfecture de Hyogo. Cette participation va lui poser des problèmes car Onisaburo Deguchi fait peur au gouvernement dès 1921. Son charisme, sa notoriété dans les plus hautes sphères de la société, ses acclamations pacifistes et anticapitalistes lui valent de nombreux ennemis.
- 1932 : Deguchi est arrêté et les bâtiments de l’Omoto-kyo détruits. Le centre d’entrainement aux arts martiaux d’été permet d’accuser le pasteur de préparer une rébellion contre le gouvernement. Morihei Ueshiba est également visé par un mandat d’arrêt mais il est protégé par certains de ses élèves bien placés au sein de la police et parmi l’élite. O Sensei refusera toujours de déposer contre son maître. De la même façon Onisaburo niera toujours une quelconque implication de Morihei au sein de la direction de l’Omoto-Kyo. (Onisaburo Deguchi est condamné à 6 ans et demi d’emprisonnement et les charges portées contre lui ne seront levées qu’en 1945. Il décède en 1948). Il est à noter que Onisaburo Deguchi contribua fortement à la création de l’Aïkido.
- 1937 : La guerre sino-japonaise débute. Toute la jeunesse veut apprendre à se battre avant d’aller au front. L’entrainement est rude, le dojo de Tokyo est surnommé « Le dojo de l’enfer ».
- 1940 : Les élèves d’O Sensei placés à des très hauts postes politiques créent une fondation, le Kobukai, pour soutenir le Kobukan Dojo et faire en sorte que celui-ci soit reconnu d’utilité publique par le gouvernement et le ministère du Bien-être et de la Santé Publique. De nombreuses personnalités de la finance et des affaires font des dons conséquents à cette fondation.
- 1941 : Le Japon entre en guerre contre les USA. O Sensei est sollicité par la famille impériale, en la personne du Prince Konoe, pour négocier, en secret, un accord de paix avec la Chine. La rencontre avec Chiang Kai-Shek, sur le sol chinois ne put malheureusement arrêter les évènements déjà bien engagés. En raison de la guerre, tous les arts martiaux sont regroupés dans une vaste organisation gouvernementale, le Butoku-Kai. L’Aïkido n’en est qu’une simple section.
- 1942 : Affligé de voir que son budo n’est désiré que pour détruire les autres, O Sensei décide de s’éloigner de Tokyo. Il démissionne de toutes ses fonctions et s’installe à Iwama à 150 Km de Tokyo, sur des terres qu’il a acquises dès 1935. Là-bas, il fait construire un sanctuaire pour les divinités protectrices de l’Aïkido, un dojo en plein air et travaille à la fois la terre et son art. Son but est de préparer la paix en donnant l’Aïkido au monde car « L’unique dessein de l’Aïkido est de servir les hommes et l’environnement ».
- 1945 : Le Kobukan de Tokyo, laissé aux mains du fils d’O Sensei, Kisshomaru Uesshiba, est inutilisable car il est occupé par une trentaine de famille sans abris et la pratique des arts martiaux est interdite par les forces d’occupation américaines. Pendant les 3 ans qui ont suivi la guerre, la situation économique est désastreuse, mais à Iwama, Morihei est optimiste et l’entrainement à l’Aïkido des anciens élèves démobilisés et des nouveaux pratiquants originaires de la région perdure.
- 1948 : Le ministère de l’Education, en accord avec les forces américaines, autorise la création d’une nouvelle Fondation « l’Aïkikaï » et reconnait ainsi son utilité publique. Le dojo d’Iwama devient temporairement le HOMBU DOJO (Le Centre Mondial de l’Aïkido) et le restera jusqu’en 1953.
- A partir de 1949 : O Sensei est sollicité pour faire des conférences et des démonstrations dans tout le Japon.
- 1955 : Le dojo de Tokyo, le nouveau Hombu Dojo, reprend vie. Jusqu’en 1951 la nourriture était rare et le grand public désapprouvait les arts martiaux en raison de l’utilisation qu’en avait fait l’armée japonaise pendant la guerre. De nombreux dojos s’ouvrent dans le pays : à Osaka, Wakayama, Kumamoto, Shingu…. Et l’Aïkido commence à se faire connaître à l’étranger grâce à une première vague de disciples partis du Japon.
- 1956 : La Fondation Aïkikaï organise pendant 5 jours la première démonstration publique d’Aïkido sur le toit du grand magasin Takashimaya à Tokyo. Des ambassadeurs, des diplomates, de ministres mais également le grand public et les médias assistèrent aux démonstrations spectaculaires réalisées par O Sensei. Cet évènement contribua tout particulièrement à la notoriété de l’Aïkido et à la progression des pratiquants dans les dojos du pays.
- 1960 : O Sensei reçoit la « Médaille au ruban violet » (Shiju hosho) qui est une distinction nationale décernée par le gouvernement japonais aux personnes ayant apporté une contribution exceptionnelle au développement académique et artistique. C’est l’une des distinctions les plus prestigieuses du Japon.
- 1961 : Morihei UESHIBA assiste à la cérémonie d’inauguration du centre de l’Aïkido d’Hawaï (USA). « Le rôle de l’Aïkido est d’unir le monde dans la paix et l’harmonie ».
- 1964 : Il reçoit la « Rosette aux Rayons d’Or de l’Ordre du Soleil Levant » des mains de l’Empereur. L’Ordre du Soleil levant a été créé par l’empereur Meiji le 10 avril 1875 pour récompenser des mérites exceptionnels civils ou militaires.
- 1968 : Un nouveau Hombu dojo moderne de 3 étages est inauguré au 17-18 Wakamatsu-cho, Shinjuku-ku, Tokyo.
- 1969 : De retour d’Iwama, O Sensei tombe malade. Il est atteint d’un cancer du foie et refuse de se faire soigner à l’hôpital. Il meurt paisiblement à 5 heure du matin le 26 avril à l’âge de 86 ans. Ce même jour le gouvernement japonais lui accorde l’Ordre du Trésor Sacré (Zuiho-sho) ainsi que le rang de Sei-goi-kun-santo pour le mérite d’avoir propagé l’Aïkido japonais dans le monde.
Ce texte est issu de deux ouvrages, fortement conseillés pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Aïkido :
« Aïkido, l’œuvre d’une vie », de Kisshomaru UESHIBA
« Morihei Ueshiba, biographie illustrée du fondateur de l’Aïkido », de John STEVENS