Maître Nobuyoshi TAMURA
fondateur de la Fédération Française d’Aïkido et de Budo
Doshu Kisshomaru UESHIBA, fils du fondateur, présentait ainsi Maître Tamura, dans sa préface du livre « Aïkido, la méthode nationale » sorti en France en 1975 :
« … A l’occasion de la diffusion de cet ouvrage, je tiens à rappeler que Maître Tamura était le disciple favori du regretté Maître Ueshiba et que, jusqu’à la fin de sa vie, le vénéré Fondateur de l’Aïkido l’a considéré comme son fils. »
Nobuyoshi Tamura (田村信喜) est né le 2 mars 1933 à Osaka au Japon.
En 1938, son père Ukiji Tamura, enseignant de littérature japonaise et professeur de Kendo, est envoyé en Mandchourie comme officier de l’armée d’occupation lors de la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945). Le jeune Nobuyoshi à 5 ans. La famille Tamura se réfugie alors à la campagne, près de Mié dans la maison familiale maternelle. Nobuyoshi ne voit son père que lors de rares permissions.
1945 : Son père est de retour mais il souffre de complications pulmonaires. Il décède en 1949, à l’âge de 45 ans, son fils en a 16.
Madame Okié Tamura veuve à 38 ans cherche un emploi pour nourrir ses six enfants (5 garçons et une fille dont Maître Tamura est l’aîné) dans un Japon en proie à de graves difficultés (le rationnement par les troupes d’occupation a duré jusqu’en 1952, Maitre Tamura dira de cette époque « C’était pire après-guerre que pendant la guerre » ). Elle occupera un poste d’institutrice jusqu’à la fin des études de son dernier fils (Elle est décédée en 2001, à l’âge de 89 ans).
En 1950, après le décès de son père, le jeune Nobuyoshi quitte sa famille pour le lycée à Tokyo car l’armée d’occupation oblige les jeunes à fréquenter les écoles de proximité, or le lycée le plus proche du domicile familiale est un lycée agricole et le jeune Nobuyoshi ne veut pas devenir paysan. A Tokyo, il est hébergé pendant un an dans un dortoir créé par Georges Ohsawa (Son véritable nom était Yukikazu Sakurazawa (桜沢如)), le créateur de la macrobiotique, qu’il connait de réputation car son père malade suivait son régime à base de riz complet. « C’était une sorte de Socrate pour la jeunesse japonaise. Auprès de lui, on trouvait un sens à ce monde renversé ». C’est là qu’il entend parler de l’Aïkido car Georges Ohsawa a rencontré O Sensei Morihei Ueshiba dans les années 50 et certains de ses élèves pratiquent la discipline. Il y rencontre par ailleurs Seigo Yamaguchi, fringuant militaire et membre éminent de l’Aïkikaï, qui vient visiter son frère aîné au dortoir.
Mais l’école ne le passionne pas. Il cherche des petits jobs et part même à l’aventure en Hokkaido, « j’ai passé du temps à errer dans Sapporo et à travailler au marché noir. Pendant ce temps, ma famille a déposé un rapport de disparition et j’ai été ramené à la maison ». De retour à Tokyo pour « réviser les concours d’entrée à l’université », il n’y mettra pourtant jamais les pieds. « Je voulais pratiquer ce budo extraordinaire qu’est l’Aïkido pour devenir fort et vaincre tout le monde car au Judo, discipline obligatoire au lycée, je me faisais souvent malmener ».
Mais être admis comme simple pratiquant au dojo de Morihei Ueshiba à cette époque n’est pas une mince affaire : il faut être introduit par deux parrains qui se portent garants de votre sérieux. Ses deux garants seront Georges Ohsawa et Seigo Yamaguchi et le peu d’argent qu’il gagne en travaillant dans un restaurant lui permet de s’inscrire au Hombu Dojo de O Sensei le 5 août 1952, « Sur onze ans de pratique au dojo, je n’ai payé qu’une seule fois la cotisation mensuelle et n’ai jamais payé quoique ce soit pour les grades, Doshu Kishomaru Ueshiba n’en a jamais rien dit. ». Pendant un an, il travaille discrètement dans un coin du dojo. A l’époque, nous dit-il, seuls O Sensei et son fils Kishomaru enseignaient à l’Aïkikaï mais ses sempaï (élèves avancés) sont Tada, Nishio, Yamaguchi, Arikawa, Tohei, Saïto à Iwama. Des grands noms de l’histoire de l’Aïkido.
Hébergé et nourrit quelques temps par Seigo Yamaguchi, celui-ci l’incite à devenir Uchi Deshi (élève qui vit chez le Maître) à l’Aïkikaï. Il rentre à l’Aïkikaï de Tokyo en tant que Uchi Deshi en 1953, « pour pouvoir manger et dormir car après-guerre, il n’y avait, au Japon, ni travail ni nourriture ». Il y pratique l’Aïkido tous les jours, matin et soir, en moyenne cinq heures par jour et accompagne régulièrement O Sensei Morihei Ueshiba dans ses déplacements au Japon (et à Hawaï en 1961). Il est l’un des Uke (« celui qui chute ») préférés du Fondateur tel qu’on peut le constater dans les films d’époque. Dès le premier kyu il enseigne dans une académie militaire. Il a 20 ans, « j’en faisais à peine 17 ou 18 ans. J’avais peur ». Le 12 mai 1955, il est promu ceinture noir 1er Dan puis reçoit le 2e dan le 28 avril 1956, le 3e dan le 25 avril 1957, le 4e dan le 24 avril 1958, il est 5e Dan le 25 octobre 1959 et 6e dan le 15 janvier 1962.
Il restera onze ans à l’Aïkikaï. Quand on lui demande « Quel est votre meilleur souvenir lié à l’Aïkido ? », il répond « Les années passées à l’Aïkikaï ». S’y trouvent alors ses amis de toujours, de la même génération que lui, les futurs grands maîtres qui répandront bientôt l’Aïkido dans le monde : Yamada Yoshimitsu, Noro Masamichi, Sugano Seiichi, Asai Katsuaki, Chiba Kazuo, Kanaï Mitsunari, Kobayashi Yasuo, Kurita Yutaka, Saotome Mitsugi.
il y rencontre peu avant son départ pour l’Europe, une jeune pratiquante qui devient sa femme, Madame Rumiko Tamura.
Maître Tamura et sa femme débarque à Marseille (France) le 13 novembre 1964. Il a 31 ans.
(A suivre)