Deux méthodes de recherche :
Quand on étudie quelque chose, il nous faut, tout d’abord chercher son origine.
Les méthodes d’analyse sont différentes en Occident et en Orient :
- En Occident on divise un fait, un objet pour le comprendre. Ainsi l’étude du corps et de
l’esprit est dissociée entre plusieurs spécialités médicales. - En Orient, on adopte une vision globale. L’homme est vu comme une unité de corps et
d’esprit et n’est pas séparé de l’ensemble de l’univers.
Pour bien comprendre les arts martiaux, il faut donc d’abord comprendre cette vision
globale adoptée par les japonais.
L’origine du Budo selon l’Orient :
La compréhension des causes de l’apparition des arts martiaux nécessite de réfléchir
préalablement à trois questions : - D’où vient l’Homme ?
- Quel est son but ?
- Quelles relations doit-il adopter avec les autres ?
Origine de l’Homme
Les textes sacrés disent qu’à l’origine, il n’y avait rien. Le chaos. La « vibration » serait la
cause de la création d’un certain ordre fait, à la fois, de créations et de destructions (On
peut lire dans la Bible « à l’origine était le verbe », le Shintoïsme parle des sons sacrés : le
« kotodama »). Cette force vibratoire (le Ki de l’univers) a séparé les choses en deux : le jour
et la nuit, le ciel et la terre, l’homme et la femme … Le Deux à fait le Trois. Puis le Trois s’est
divisé une nouvelle fois pour créer « les 10 000 choses de l’Univers » tel qu’on le connait
aujourd’hui (Cf. le Tao Te King de Lao Tseu). L’Homme serait donc issu de l’Univers et
chacun d’entre nous (homme, plante et animal) serait une infime parcelle de cette univers.
Et chaque parcelle est importante.
« Connais-toi toi-même »
Si chaque unité est une parcelle de l’univers, il faut chercher à retourner vers le UN et
rejeter l’égo. La totalité ne peut pas exister sans tous les éléments, de la même façon qu’on
ne peut pas recoller un bol cassé sans en posséder tous les tessons. Une mosaïque n’est
belle que si aucune tesselle n’est absente. Mais pour accepter les autres, il faut d’abord
s’accepter soi-même. « Connais-toi, toi-même » est le principe premier de l’éducation
japonaise traditionnelle. L’homme doit donc connaître tout d’abord sa spécificité, la vivre
au maximum, pour le bien de la totalité. Alors quand le corps et l’esprit font UN, il n’y a plus
d’ennemi. Parce que je m’accepte pleinement, avec « mes travers », je peux accepter les
autres.
L’objectif du Budo
Le but de l’entrainement dans les arts martiaux n’est donc pas la destruction mais la
connaissance de soi et des autres. L’Aïkido est un « pétrissage » profond et sincère pour
réussir à unifier le corps et l’esprit. Pour cela, il faut empêcher l’esprit de divaguer, d’être
dans le passé ou un hypothétique futur, « Il faut être ici et maintenant ». C’est l’objectif de
l’art martial : le danger nécessite une vigilance extrême. Il n’y a pas d’alternative : on vit ou
on meurt. Le sport « martial », avec ses règles, ne permet pas ce travail.
Avec le Budo, le pratiquant avancé s’est frotté à l’idée de la mort, de sa propre mort. Il
prend conscience que la vie est un moment d’exception. Alors son objectif n’est plus la
bagarre, mais la création d’un monde harmonieux.
Le Budo, comme la grande « Vibration » créatrice de l’Univers, est facteur de destruction et
de création d’un nouvel ordre. Il en a donc la même nature. Voilà pourquoi le fondateur de
l’Aïkido, O Sensei Morihei UESHIBA, pensait que le Budo avait été donné par Dieu aux
hommes, pour créer un monde d’Amour et de Paix.
D’après « AIKIDO » de Nobuyoshi TAMURA Sensei (p 6)
- Budo : art martial, BU se traduit par « arrêter la lance », DO : « la voie ». Cela sous-
entend une recherche d’amélioration personnelle, ce qui exclut toute idée de
compétition.